La roue s'était décrochée d'un poids lourd. « Un vulgaire et commun défaut de serrage », avait mentionné sur son rapport la Commission d'Enquête.
Par contre, l'investigation n'a toujours pas pu faire la lumière sur la question que tout le monde se posait : comment avait-elle pu, détachée de son véhicule, parcourir plus de deux-cents kilomètres sur une autoroute ?
Le projectile circulaire était lancé sur l'A86.
Les automobilistes le regardèrent défiler devant leur vitre, les yeux écarquillés. Des vidéos de sa fuite en solitaire furent diffusées sur l'instant.
Il ne fallait pas être physicien pour être convaincu que le principe d'inertie allait bien finir par avoir raison de sa course effrénée. Il allait achever sa trajectoire mollement, sur une bande d'arrêt d'urgence ou contre une glissière de sécurité. Il n'en fut rien.
Non seulement il ne ralentissait pas mais il sembla prendre de plus en plus de vitesse. Il s'incorpora à la circulation au niveau de l'A6, accéléra de plus belle. Les virages ne l'arrêtaient pas, il les prenait comme les prenait n'importe quel automobiliste.
La police fut mobilisée pour l'intercepter. Mais comment interceptait-on une roue lancée à vive allure ? En lui tirant dessus ? En lui faisant barrage ?
L'Alpine A110 commença son slalom entre les autres véhicules, le gyrophare hurlant. La nouvelle s'était propagée comme une traînée de poudre et tout le monde suivait la course-poursuite en direct sur les réseaux sociaux. Les automobilistes, qui prenaient une pause-café sur les diverses aires de repos du pays, levèrent les yeux sur les écrans au-dessus des comptoirs. Des paris étaient lancés sur la distance que parcourrait la galette en caoutchouc.